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Un p’tit truc à vous dire : Tout d’une grande

La disparition, le 8 janvier à Riga, d’Ouliana Semenova ravive le souvenir d’une joueuse qui a dominé le basket féminin mondial comme peu d’athlètes l’ont fait avant ou après elle.
Au-delà de son physique hors norme, la Lettone aura marqué son époque, érigée en symbole d’une URSS conquérante, sacrée aux Jeux olympiques et intouchable sur la scène européenne.
Dans cette nouvelle chronique Un p’tit truc à vous dire, Étienne Bonamy rappelle que certaines carrières, même oubliées du grand public, restent gravées dans l’histoire.


🎙️ Un p’tit truc à vous dire – par Étienne Bonamy

TOUT D’UNE GRANDE

La basketteuse lettone Ouliana Semenova est décédée le 8 janvier, à Riga, la capitale de Lettonie, chez elle. Pour les moins de cinquante ans et tous les éloignés du panier de basket-ball, il est probable que son nom et, encore moins, l’annonce de sa disparition suscitent une curiosité. Normal. Et pourtant…

Normal, c’est exactement l’épithète inverse pour qualifier la carrière de la joueuse balte, l’une des plus grandes championnes de son sport pour de multiples raisons. Elle mesurait 2,13m minimum, avait dominé le monde et les Jeux avec l’équipe d’URSS en 1976 et 1980, survolé l’Europe du basket féminin des années 70 et 80 avec douze titres continentaux avec le Daugava ITT Riga. Au-dessus de toutes, donc au sommet. Elle aura connu une carrière XXL avant d’achever sa vie dans un petit appartement de quelques dizaines de mètres carrés au cœur de Riga, épuisée par la maladie. Elle avait à 73 ans. 

Evoquer Ouliana Semenova suffirait à remuer la nostalgie de quelques-uns si la mémoire de la joueuse qu’elle fut, son époque et sa présence ne venaient pas à point nommé s’inviter dans le débat du sport mondial actuel. La «géante» de Riga aurait fêté le cinquantenaire de son premier titre olympique l’été prochain. En 1976, elle était une championne que l’on apercevait en noir et blanc de temps en temps à la télévision en France quand son club letton affrontait, et battait régulièrement, le CUC (Clermont Université Club), les « demoiselles de Clermont, la fierté du basket féminin français. Les images montraient Ouliana traversant à petits pas le terrain, dans un sens puis dans l’autre, pour aller poser méthodiquement le ballon dans le panier. Les sceptiques juraient qu’elle ne savait faire que ça. Les autres étaient captivés par ses mouvements précis d’horlogère, bras tendus comme les aiguilles d’une pendule qui égrenait les secondes où elle trottinait. Autour d’elles, les adversaires sautillaient sans espoir. L’URSS et Riga étaient les maîtres du temps.

En 1976, dans l’URSS de l’époque, la grande Semenova apparaissait également tout le temps sur les écrans officiels, de Riga à Vladivostok. En noir et blanc aussi. Toujours en forme, toujours entourée de responsables soviétiques d’un sport qui rendait fier le parti. La statue de la victoire. 

Dans les pays du bloc de l’Est, comme on le désignait, l’époque était à mettre en avant les succès sportifs comme autant de vertus patriotiques. Cet été 76, celui de son titre olympique à Montréal, l’URSS avait survolé le classement des médailles : 49 titres, 125 breloques. Derrière elle, l’Allemagne de l’Est, le «pays frère», empochait avec 40 titres. L’URSS était sur tous les podiums de sports-co, le doublé en handball, la victoire en basket féminin, etc. Le drapeau rouge flottait. 

Un demi- siècle plus tard, l’URSS et l’Allemagne de l’Est ont été dissoutes depuis des décennies. Le drapeau et l’hymne russe ne sont plus acceptés aux Jeux, pour l’instant, suite à l’invasion russe en Ukraine en 2022. Les athlètes russes doivent encore se soumettre à l’obligation de s’engager sous bannière neutre.

Ouliana Semenova, icône sportif soviétique, a suivi tout ça. J’ai eu l’opportunité d’un reportage en Lettonie pendant l’été 1992 pour en discuter avec elle à Riga. Une rencontre émouvante dans son appartement alloué par la municipalité. Quelques heures inoubliables. Elle venait d’avoir 30 ans et les deux grandes béquilles en poids qui la soutenaient pour marcher portaient tout le fardeau d’une carrière achevée par des blessures. Dès l’enfance elle avait souffert d’acromégalie, une croissance trop rapide. Les soins portés par les équipes médicales de son club et de la sélection pour «entretenir» ce grand corps malade n’ont rien ajouté de bon. Elle avait même été amputée d’une jambe en 2022.

En 1992, elle répétait que son handicap était temporaire, que sa cheville – maintes fois opérée – allait se rétablir après une énième opération. Elle avait 30 ans, mais sa carrière achevée deux ans plus tôt dessinait une autre vie quand tout dans son appartement racontait son fabuleux destin sur les parquets. Des photos en noir et blanc, un cliché d’elle devant la Tour Eiffel, un autre à Séville, des médailles, des rubans, des diplômes, des cartes postales, des rires et des visages sur papier glacé, un ballon de basket dédicacé par les joueuses de Valenciennes-Orchies, son dernier club. Le salon était son musée.

Elle s’était confiée. Timide. Un an plus tôt, elle était apparue avec d’autres sportifs en tête d’une manifestation au moment où le parlement letton proclamait son indépendance, le 22 aout 1991, et quittait la tutelle du grand voisin russe. Elle avait refusé un poste politique, accepté un statut de porte-parole des sportifs. Symbole de la gloire du sport soviétique, elle assumait discrètement de défendre son pays de toujours, elle qui était né en Lettonie et n’avait jamais quitté son pays avant d’aller tenter l’aventure sportive à l’Ouest en Espagne puis en France. Son corps était déjà trop fatigué, son seul nom remplissait encore un peu les salles où l’on accourait voir la géante. Elle ne méritait pas de terminer en phénomène de foire. 

Joueuse dans ce début de XXIème siècle médiatique, elle serait une star des réseaux sociaux, figurerait pari les phénomènes du championnat pro américain, la WNBA. Les sponsors la traqueraient, elle vivrait même sans doute très loin de sa Lettonie. Avec des si… serait-elle encore plus grande ?

On ne réécrit pas le passé, elle en était consciente au moment où tous les repères basculaient dans son pays. Avec sa voix grave, elle demandait des nouvelles des filles de Clermont, présentait des articles de presse, jurait qu’elle irait bientôt en France. Il y avait de la nostalgie dans ses yeux, parfois un sourire. 

La conversation s’est étirée sur son quotidien, le basket féminin. Elle a glissé qu’elle avait reçu une invitation pour entrer au Hall of Fame du basket-ball aux Etats-Unis, la consécration suprême. L’été suivant, en 1993, effectivement, elle est devenue la première joueuse admise dans le panthéon du basket mondial. A jamais la première.

Ouliana a encore posé beaucoup de questions, proposé que l’on reprenne encore un peu des gâteaux – beaucoup trop cuits – qu’elle nous avait préparés. Avant de se redresser sur ses béquilles et nous raccompagner, elle a montré et attrapé un bouquet de fleurs séchées posé sur une étagère du salon. Celui qu’elle avait reçu à son retour à Moscou après le titre olympique de 1976. Un trésor pour elle. Elle a affiché le même sourire que sur la photo en noir et blanc qui immortalisait la scène dans un hall d’aéroport à Moscou. 

«Merci d’être venu me voir», a-t-elle glissé à notre traductrice. «J’aimerais revoir la France. Les gens avaient été très gentils avec moi». En boitillant, elle a fait un grand geste de la main pour nous saluer. La porte s’est refermée. Cinquante ans plus tard, tout a changé. Presque tout. Sauf sa légende de géante.     


📌 FAQ – Ouliana Semenova et l’héritage du basket féminin

🏀 Qui était Ouliana Semenova ?

Semenova fut l’une des plus grandes joueuses de l’histoire du basket féminin : double championne olympique (1976, 1980), multiple championne d’Europe et star du Daugava Riga.

🌍 Pourquoi son nom reste-t-il important aujourd’hui ?

Parce qu’elle a redéfini le basket intérieur féminin, marqué une époque dominée par l’URSS et inspiré des générations entières malgré un destin sportif peu médiatisé à l’Ouest.

🇱🇻 Pourquoi son histoire dépasse-t-elle le cadre sportif ?

Parce que Semenova a traversé trois mondes historiques :

  • l’URSS triomphante,
  • l’effondrement du bloc soviétique,
  • l’indépendance lettone.
    Elle est devenue un symbole national discret mais puissant.

🏅 Quel est son plus grand honneur individuel ?

En 1993, Ouliana Semenova est devenue la première joueuse de l’histoire intronisée au Hall of Fame du Basket-ball, aux États-Unis.

🧠 Pourquoi son parcours évoque-t-il l’actualité ?

Sa carrière est un rappel du rôle politique du sport, de la place des athlètes dans les systèmes étatiques et des transformations profondes depuis la fin de l’URSS.