Rubrique Jeux d’hiver – Un p’tit truc à vous dire
À quelques heures de l’ouverture des Jeux d’hiver à Milan, la mécanique olympique se remet une nouvelle fois en mouvement. Chantiers, investissements, garanties financières, pressions politiques : organiser des Jeux reste un exercice d’équilibriste pour les pays hôtes.
Dans cette chronique « Un p’tit truc à vous dire », Étienne Bonamy s’interroge sur la soutenabilité économique et politique de ces grands événements sportifs, à l’heure où les institutions internationales multiplient les projets toujours plus ambitieux, parfois au-delà du raisonnable.
Les Jeux, un sacré chantier
L’actualité olympique et l’ouverture des Jeux d’hiver à Milan ce 6 février rappelle la complexité à organiser de tels évènements. Le CIO, comme la FIFA avec la Coupe du monde, poussent-ils les nations à trop investir? L’organisation économique est-elle encore raisonnable?
🎙 Un p’tit truc à vous dire – par Étienne Bonamy
On appelle ça le sprint final. Dans un décor emplis d’oriflammes colorés, de camions de chantiers et autres transports, Milan se réchauffe pour boucler à temps son ouverture des Jeux. Ce sera au stade San Siro vendredi 6 février. Le décompte des jours et des heures touche à sa fin. Il y a de la neige à Bormio et Anterselva, du froid dans les rues de la capitale lombarde et bientôt quelques pelotons d’athlètes qui s’installeront dans les villages olympiques à Milan et dans les autres sites de montagne de ces Jeux éparpillés dans les Alpes italiennes.
C’est une routine. Comme à Paris, Londres, Rio de Janeiro mais aussi Sotchi, Salt Lake City ou Vancouver, la course aux Jeux laisse toujours planer le doute sur la capacité à livrer à temps et en ordre de marche une quinzaine pleine de compétitions. Puis, quand vient l’ouverture, la fébrilité laisse la place à la satisfaction. À Paris le « quoiqu’il en coûte » final pour dresser le programme a disparu des discussions quand enfin les Jeux ont commencé, même sous la pluie qui douchait la cérémonie d’ouverture sur la Seine mais pas les espoirs.
On peut se répéter tous les deux ans – depuis que le CIO a choisi raisonnablement l’alternance été-hiver dès 1994 – et disserter sur ce grand barnum olympique. L’exercice a tout pour alimenter les débats.
Nous voilà donc à Milan et le rendez-vous n’est pas neutre pour les Français. Les Alpes françaises accueilleront les Jeux d’hiver dans quatre ans. Juste de ce côté du massif alpin. La référence serait anecdotique si on ne se disait pas qu’il va falloir au CIO et au COJOP, le comité d’organisation tricolore, soulever quelques montagnes pour livrer en bon état de forme les Jeux en février 2030. La délégation des Alpes 2030 effectue le court déplacement pour tout observer, ce n’est pas un luxe tant le projet milanais ressemble à son voisin français par sa démesure géographique et sa restriction économique.
Le projet tricolore vit encore d’espoirs. Il a été adoubé par le CIO en juillet 2024 faute de concurrence et voilà la France olympique et les Alpes bleues-blanches-rouges embarquées cahin-caha dans un chantier dont on ne voit toujours pas comment il avance. Après l’épisode tragi-comique de la nomination du patron des Jeux, rien n’est épargné.
Edgar Grospiron a été nommé il y a un an parce que Martin Fourcade, postulant n°1 et leader du dossier de candidature, ne plaisait pas, ou plus, aux bailleurs de fonds et barons politiques régionaux. Soit. L’État – qui s’est fait tordre le bras pour accepter enfin de verser la garantie de plus de 500 M€ exigée par le CIO, n’a jamais affiché un grand soutien au projet, malgré les sourires de façade. Les hommes politiques des régions Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur s’observent, les démissions dans l’état-major du COJOP s’enchaînent, les recours administratifs des associations locales aussi. Bienvenue dans l’avant Jeux. On ne se refait pas. Les plus anciens se rappellent l’avant Albertville 92 et ses sueurs froides à l’idée de tout mettre en place…
Pourquoi tant de doutes? Pourquoi demander les Jeux? Est-ce raisonnable? Le CIO a trouvé la parade pour prévenir les inquiétudes et pérenniser son show. Il voit loin et évite de mettre en concurrence les projets bien ficelés. On se rappelle les candidatures pour 2024 : Paris et Los Angeles. Un arrangement avait officieusement attribué une date à chaque cité, bien avant le vote à Lima en septembre 2017. Le feuilleton a perdu son suspense, les nations candidates ont gagné du temps.
Ce qui est valable pour les Jeux, l’est aussi, à une autre échelle, pour la FIFA. L’institution du peu recommandable Gianni Infantino, son président, saute sur tout ce qui rapporte de l’argent. Ce fut le Qatar 2022, les six pays du Mondial 2030 et, demain, un retour dans le Golfe avec un séjour en Arabie Saoudite en 2034.
La FIFA comme le CIO s’adaptent, arrangent leur cahier des charges, rognent même sur l’éthique quand il le faut. L’essentiel c’est de livrer le show tous les quatre ans et engranger les bénéfices. Ce qui se passe aux États-Unis avec les menaces sourdes de boycott du Mondial eu égard à la politique intérieure de Donald Trump peut donner à réfléchir. Il est toujours difficile de prévoir avec quelques années d’avance ce que les crises sociales ou politiques peuvent engendrer ou même l’irruption d’un leader politique incontrôlable. Et pourtant quelques exemples sombres du passé devraient donner matière à réflexion…
Si on ne regarde pas derrière soi, alors autant réfléchir à l’avenir. L’actualité sportive nous en offre un épisode actuellement puisque l’on parle de neige et de sports d’hiver.
En 2025, l’Arabie Saoudite avait été désignée pays organisateur des Jeux asiatiques d’hiver 2029, ces mini-Jeux continentaux. Oui, en Arabie saoudite où l’apparition de la neige est une légende qu’on raconte aux petits. La promesse du ski en plein désert comme sous le ski dôme de Dubaï. Le raccourci est facile mais pour une monarchie du Golfe qui déborde d’ambitions sportives. Avec la vision du prince héritier Mohammed ben Salmane, à la tête du royaume, pour investir dans ce soft power, comme ses voisins et rivaux régionaux, rien n’était trop beau.
À l’unanimité, la candidature saoudienne avait été portée aussi haut que la chaîne de montagne et le site de Trojena qui devait accueillir les épreuves de neige. Une folie? 500 milliards pour créer un complexe hivernal artificiel et, surtout, représenté comme respectueux de l’environnement. Une hérésie? Bien sûr. Le CIO, officiellement pas concerné, avait baissé les yeux. Les fédérations internationales avaient changé de sujet, et il ne manquait pas de voyages de presse et autant de communiqués triomphants pour vanter l’avancée du chantier. Ça glissait vers la victoire à toute vitesse.
Et puis, badaboum, le Comité olympique saoudien et le comité olympique asiatique (OCA) ont publié ensemble un communiqué le 26 janvier pour annoncer le report sine die de l’organisation des Jeux asiatiques d’hiver. En clair, fin de l’histoire. Le chantier pharaonique et dispendieux du prince héritier ne pouvait être achevé à temps, paraît-il. En 2029, les athlètes asiatiques skieront et patineront en Chine, en Corée du Sud ou au Japon, en tout cas très loin de l’Arabie Saoudite.
Surprenant? Non. Inquiétant? Oui. Le royaume saoudien doit livrer l’Exposition universelle 2030 et la Coupe du monde de football 2034. Les chantiers seront achevés, mais les grandes institutions sportives devraient méditer sur le flop des Jeux asiatiques. Dans leur recherche de « trouver d’autres territoires », l’envie « d’explorer de nouveaux marchés », cette philosophie du développement universel qu’elles répètent pour justifier leur besoin de mannes financières, ces institutions devraient s’inquiéter des promesses et autres largesses financières qui sont souvent des mirages. Comme dans le désert.
📌 FAQ – Jeux d’hiver et grands événements sportifs
❄️ Pourquoi l’organisation des Jeux d’hiver est-elle complexe ?
Elle implique de multiples sites, des infrastructures lourdes, des contraintes climatiques fortes et des investissements financiers importants à livrer dans un calendrier très serré.
🏗 Les chantiers sont-ils toujours livrés à temps ?
Historiquement, de nombreux Jeux ont connu des retards et des inquiétudes jusqu’aux dernières semaines, avant une mise en service finale sous pression.
🇫🇷 Pourquoi Milan 2026 est-il important pour la France ?
Parce que les Alpes françaises accueilleront les Jeux d’hiver en 2030, avec un modèle géographique et économique comparable.
🌍 Les institutions sportives prennent-elles des risques en changeant de territoires ?
L’exemple des Jeux asiatiques d’hiver 2029 reportés montre que certains projets peuvent se révéler difficiles à tenir malgré des moyens financiers considérables.
💰 Le modèle économique des grands événements est-il remis en question ?
Les investissements massifs, les garanties financières exigées et les risques politiques posent aujourd’hui la question de la durabilité du modèle.








