Coupe du monde 2026 : révolution du football ou simple évolution ?
La Coupe du monde 2026 marquera une étape importante dans l’histoire du football mondial. Pour la première fois, 48 équipes participeront à la phase finale, répartie entre les États-Unis, le Canada et le Mexique. Avec 104 matches au programme, des distances inédites entre les sites et un modèle économique toujours plus ambitieux, cette édition suscite autant d’interrogations que de curiosité.
🎙️ Voyage en terrains connus
Par Étienne Bonamy
104 matches, 48 équipes qualifiées, 3 pays organisateurs, des milliers de kilomètres de déplacement pour supporters et délégations, des centaines de millions de recettes à partager entre FIFA et organisateurs, le rendez-vous devait dire une révolution. Vive l’évolution. On jugera sur pièces…
Puisque le football 3.0 adore dévorer des datas pour parler de tout et de rien, nul doute que les chiffres alimenteront les débats à l’envi. La World Cup 2026 est-elle pour autant surprenante? Les observateurs qui questionnent le jeu vont y puiser matière, les autres, une majorité, s’intéresseront à l’événement quadriennal avec curiosité ou perplexité pour ses à-côtés.
Les multiples incidents causés par les décisions de l’administration Trump, visas annulés, arbitre somalien refoulé, supporters interdits, avec l’accouplable complicité passive du président de la FIFA Gianni Infantino, font de ce Mondial XXL un événement hélas unique. Pourtant sur le plan footballistique, si tant est que l’on s’intéresse au seul jeu, ses acteurs, ses promesses et ses faiblesses, il n’avait rien de révolutionnaire.
Pourquoi? La Coupe du monde visite pour la troisième fois le Mexique, une deuxième fois les Etats-Unis et s’invite timidement au Canada dans deux villes (Vancouver et Toronto) qui possèdent déjà des clubs rôdés au championnat nord-américain, la MLS née en 1995 dans la foulée du Mondial initiatique. On a vu plus bouleversant. Le football arrive en terrains connus.
Trop d’équipes? Du 11 au 27 juin, 72 matches concernant 12 groupes de 4 équipes ne vont servir « qu’à » éliminer 12 des 48 équipes engagées. Tout ça pour ça. On jugera de l‘intérêt sportif de l’exercice après le Mondial. Le succès économique et médiatique est déjà comptabilisé pour la FIFA.
Dans cette version XXL on doit surtout lire le gigantisme qui touche toutes les compétitions de football depuis des années. Quand les championnats nationaux européens rétrécissent leur élite (en France elle est passée de 20 à 18) pour être moins nombreux à se partager un gros gâteau, les organisateurs continentaux, eux, agrandissent le cercle. Toujours plus d’appétit.
L’UEFA a augmenté le nombre des pays participant à l’Euro : 24 nations sur les 54 composant l’UEFA. Quasiment une chance sur deux d’être à l’Euro. La lucrative Ligue des Champions ingurgite désormais 36 clubs dans sa phase de groupe. Pareil pour la Ligue Europa et la récente Ligue Conférence. La FIFA n’est donc pas en reste. On peut regretter – à juste titre – que l’élite ne soit pas plus resserrée pour offrir le meilleur mais ce Mondial élargi nous laisse, là aussi, en terrains connus.
Après la juste crainte d’un détour par le Qatar à la fin de l’automne 2022 et les extravagances technologiques pour climatiser les stades, la question de la chaleur en Amérique du Nord a peu mobilisé les inquiets. Avant même que le premier thermomètre soit utilisé pour mesurer le degré de fièvre le 11 juin à Mexico City pour le match d’ouverture entre le Mexique et l’Afrique du Sud, à 15 heures locales, dans la cuvette du stade Aztèque transformé en bouilloire, la FIFA et ses partenaires nord-américains avaient déjà décidé une insolite pause fraîcheur à chaque moitié de mi-temps en saisissant vite le prétexte de la chaleur. Business oblige, ces annonceurs très intéressés avaient déjà tenté le coup en 1994 en sollicitant la FIFA pour instituer quatre quarts-temps. Comme au basket-ball. La FIFA, sourde à la demande, n’avait pas sorti ses ciseaux pour découper en tranches ses matches. Trois décennies plus tard, Gianni Infantino, lui, a vite cédé.
Alors fera-t-il trop chaud pour jouer au foot? Il faut encore se souvenir de cette Coupe du monde 1994 sur le même continent. Le match d’ouverture, Allemagne-Bolivie, en milieu d’après-midi à Chicago, avait été joué par 39°. La finale Brésil-Italie, au Rose Bowl de Pasadena et ses tribunes découvertes où grillaient plus de 100 000 spectateurs, s’était tenue à 12h30 sous le cagnard (38°) pour arranger les diffuseurs européens. A Detroit, c’est carrément sous le dôme fermé du stade local, et avec la clim, que les Brésiliens étaient venus jouer contre la Suisse. En 1986, au Mexique ou aux Etats-Unis en 1994, pour lutter contre la déshydratation, certains staffs lançaient en cours de match des petits sacs plastiques remplis d’eau salée à leurs joueurs. Cette fois, il y aura la pause fraîcheur, la pause pub et une pause bienvenue pour laisser à l’entraîneur le temps de donner des consignes en bord de terrain. Pause toujours, ça m’intéresse. Est-ce une révolution? Non. L’histoire repasse en terrains connus.
Au final, en football la seule inconnue reste le résultat. Tant mieux. Le barnum du Mondial conçu par ses organisateurs pour doper l’audience et les finances de la FIFA, c’est une chose. Le jeu et les joueurs, le talent et la maladresse, l’arbitre et la VAR, c’est bien autre chose. Ça se passe uniquement sur le terrain. Heureusement.
Etienne BONAMY
FAQ – Coupe du monde 2026
Combien d’équipes participeront à la Coupe du monde 2026 ?
La compétition réunira 48 équipes, contre 32 lors des éditions précédentes.
Combien de matches seront disputés ?
Le tournoi comprendra 104 rencontres, un record dans l’histoire de la Coupe du monde.
Quels pays organisent la Coupe du monde 2026 ?
Les matches se dérouleront aux États-Unis, au Canada et au Mexique.
Pourquoi parle-t-on d’un Mondial XXL ?
En raison de l’augmentation du nombre d’équipes qualifiées, du nombre de matches, des distances entre les sites et de l’ampleur de l’organisation.
La Coupe du monde 2026 est-elle la première organisée au Mexique ?
Non. Le Mexique a déjà accueilli la compétition en 1970 et 1986.
Pourquoi la chaleur est-elle un sujet de préoccupation ?
Plusieurs rencontres sont programmées dans des régions où les températures estivales peuvent être élevées, comme cela avait déjà été observé lors du Mondial 1994 aux États-Unis.
Quel est l’un des principaux débats autour de cette édition ?
L’équilibre entre l’intérêt sportif de l’élargissement du tournoi et les bénéfices économiques attendus par les organisateurs et la FIFA.
Quel est le thème central de cette chronique ?
Étienne Bonamy s’interroge sur la prétendue révolution du Mondial 2026 et souligne que, malgré son gigantisme, cette compétition s’inscrit dans une évolution déjà engagée depuis plusieurs années dans le football international.
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